ORIGINE & HISTORIQUE DES FS "Forces Spéciales" ET DU SA "service action"

Le service Action (SA) est une unité militaire secrète française placée sous le commandement opérationnel de la direction des opérations (DO) de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE). Il est chargé de la planification et de la mise en œuvre des opérations clandestines, dans le cadre notamment de la lutte contre le terrorisme.

La plupart des informations concernant cette unité sont classées secret défense, et sauf exception, ni la présidence de la République ni le ministère de la Défense ne commentent ses opérations. Contrairement aux opérations spéciales dites « discrètes », le SA conduit des actions qui ne sont pas censées être revendiqués par le Gouvernement français.


MISSION:

Le service Action est chargé de la planification et la mise en œuvre des opérations clandestines. Celles-ci peuvent être de deux catégories :

opérations « arma » : sabotage, destruction de matériel ;

opérations « homo » : assassinat ou enlèvement de personnes.

Le service Action est aussi utilisé pour infiltrer ou exfiltrer clandestinement des personnels (agents, personnalités, ex-otages, etc.) d'un pays. Il peut également contribuer à l'obtention de renseignements par la capture d'un matériel sensible.

Le SA remplit par ailleurs des missions d'évaluation de la sécurité de sites sensibles comme les centrales nucléaires d'EDF, ainsi que des bâtiments militaires comme des installations de réparation des sous-marins nucléaires de l'Île longue en rade de Brest.

C'était l'élite de l'élite. En 1943, le commandement suprême interallié recrute des volontaires parachutistes, britanniques, américains et français, pour l'épisode le moins connu de la Seconde Guerre mondiale : L'opération Jedburgh.. Triés sur le volet, formés à toutes les techniques de la guerre non conventionnelle, ces 300 commandos Jedburghs, précurseurs des forces spéciales contemporaines, sont parachutés par équipes de trois sur l'Europe occupée en été 1944.

Le nom Jedburgh et a l'origine celui d'un village des Borders au sud d'Edimbourg, réputé pour l'ardeur au combat de ses habitants pendant les guerres anglo-écossaises. 

La légende prétend que ces précurseurs de la guérilla, qui donnaient tant de fil à retordre aux Anglais, jouaient à la soule (au Moyen Age, mi-football, mi-rugby, ancêtre de ces deux sports) avec les têtes décapitées de leurs ennemis !

Les équipes (teams) Jedburghs sont entraînées d’avril à décembre 1944 au camp de Milton Hall (Jedburgh Training School, nom de code Military Establishment 25 ou ME 65), dans le comté de Cambridge (Angleterre). Ce camp est dirigé par le Lieutenant-colonel d'artillerie George Richard Musgrave. Cet officier a combattu au Somaliland en avril-mai 1941 sous les ordres du colonel Orde Charles Wingate. En 1945 il dirige le camp ME 25 de la Force 136 du SOE en Asie du Sud-Est implanté à Colombo (Ceylan, maintenant Sri-Lanka)4. Ils reçoivent une formation intensive à Henley-on-Thames et subissent des tests psychologiques, un entraînement physique important de  type commando, à dose massive, speed march (marche commando, au pas de course en tenu de combat avec sac à dos), marche de nuit surprise de 50 kilomètres toujours avec sac à dos de 30 kg, parcours d'obstacles (toujours lestés) etc; tous les déplacements au pas de gymnastique, des entraînements au tir, sabotage à l'explosifs de toutes sortes et au combat lutte, boxe close-combat, et silent Killing (l'art de tuer en silence : tous les gestes interdits par les arts martiaux traditionnels).

Les équipes parachutées derrière les lignes ennemies opèrent en uniforme avec un officier appartenant aux pays d'accueil (français, néerlandais). Elles sont parachutées dans des zones prises en charge par le Special Operations Executive, à plus de soixante kilomètres en arrière des lignes pour agir et disposer de transmissions avec les états-majors ou avec Londres. Le plus souvent, les équipes sont constituées de deux officiers et d'un opérateur radio. L'opérateur radio assure le contact entre maquis et centrale de Londres, d'une part, et troupes régulières amies d'invasion approchant des zones de maquis, d'autre part. Le seul contact des radios avec l'extérieur est la Station Charles dont les opérateurs sont formés aux changements de fréquences et aux prises de contact et d'appel. Deux contacts quotidiens sont permis ; les heures de contact sont fixes, les fréquences peuvent varier. La Station Charles assure la liaison avec 64 équipes Jedburgh et 24 stations mobiles régulières au nord de la Loire en juillet 1944. Entre juin et septembre 1944, 279 Jedburghs — répartis en 94 équipes (teams) de 3 (format le plus fréquent) sautent sur la France et les Pays-bas à partir de bases d’Angleterre et d’Afrique du Nord. Parmi eux, il y a 114 Français, souvent de la France Libre. Paul Aussaresses, Jean Sassi et Jean Larrieu ont été des Jed's.

La missions des Jed's étaient ; 

1 s'intégrer aux maquis locaux, et former des combattants à la guérilla et à ses techniques, pour les mener au combat et soulager les troupes du débarquement après le jour J.

2 réaliser des actes de sabotage, embusquades et autres actions afin d'affaiblir l'ennemi physiquement et psychologiquement(guerre insurrectionnelle, ou non conventionnelle).

3 collecter du renseignement

4 organiser et réceptionner des parachutages en territoire ennemie

(Ne pas confondre les SAS et les Jed's : les SAS étaient portés sur l'action brève et violente, agissant par sections de 10 à 30 hommes.

Les Jed's, eux devaient agir à trois sur un plus long termes.

Après leur action en France ou aux Pays-bas, certains membres des équipes Jedburgh accomplissent des missions de même nature en Norvège, en Italie, en Birmanie, en Malaisie, à Bornéo, en Indonésie, en Chine et en Indochine, "La Force 136".

COLONEL JEAN SASSI

En août 1943, Jean Sassi se porte volontaire pour effectuer une mission clandestine en France occupée et rejoint le plan Jedburgh en formation à Milton Hall. Parachuté au sein de l’équipe « Chloroform » le 29juin 1944 dans la Drôme, Jean Sassi participe aux combats de la Libération en formant des commandos FFI. Volontaire pour continuer la lutte face aux Japonais, il rejoint la Force 136 et suit un entraînement spécifique jungle au ME25, à Colombo. Le 4juin 1945, il est parachuté au sein de l’équipe « Vega », à Muong Ngat, au Laos. La mission est terminée le 23 octobre 1945. Le 1er novembre 1949, le capitaine Sassi est affecté au 11 e bataillon de choc, commandé par le colonel Godard. En août 1953, il quitte la France pour un deuxième séjour en Indochine, où il rejoint le GCMA au Laos. Aux côtés du prince Touby, chef spirituel et militaire des Méos, il lève plusieurs maquis de Méos, qui portent des coups très rudes aux régiments viets. Sassi arme les partisans et protège l’accès des provinces de Xieng Khouang et de San Neua de toute invasion ennemie, ainsi que le Laos tout entier. Il monte une colonne de secours en direction de Dien Bien Phu. De retour en France, puis en Algérie, il est promu colonel, le 1er janvier 1971, et quitte le service actif six mois plus tard, après 33 ans de service. En 1977, il crée et développe Bagheera, l’amicale des anciens du 11 e Choc. Commandeur de la Légion d’honneur, il est décoré de 13 titres de guerre, dont cinq étrangers.

A partir de 1943, dans le cadre de la stratégie alliée de libération de l’Asie, le général de Gaulle décide la reconquête de la péninsule indochinoise. Le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), puis la Direction générale des études et des recherches (DGER), son successeur en 1945, sont chargés des actions de recherche du renseignement ainsi que des opérations clandestines contre les forces d’occupation japonaises. Le Service est implanté à cet effet sur deux théâtres d’opérations, en Inde et en Chine, sous les appellations respectives de Section de liaison française en Extrême-Orient (SLFEO) et de Mission militaire française (MMF). La guerre contre les Japonais en Indochine est le versant asiatique de la lutte de la France Libre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, la French Indochina Country Section (FICS), Service Action de la SLFEO, est mise pour emploi auprès de la Force 136, branche du Special Operations Executive (SOE)pour le Sud-Est asiatique. Au 3 mars 1945, 121 parachutages sur 220 tentés fournissent à l’Indochine 32 postes radio B2, 183 récepteurs radio Midget, plus de 4 500 armes diverses, des munitions, 4 tonnes d’explosif, du matériel divers, du ravitaillement et des médicaments.

 A la mi-avril 1945, la Mission 5 (MMF) coordonne, depuis Kunming, le travail des missions officielles, avouées ou clan - destines, implantées le long de la frontière sinotonkinoise, destinées à entretenir, entre autres, les relations avec la résistance intérieure face à l’occupant japonais. Vide de toute présence japonaise avant mars 1945, peu peuplé, le Laos, avec son plateau du Tran Ninh (plaine des Jarres), constitue l’endroit idéal pour implanter les bases de la SLFEO. A partir du mois de janvier 1945, plusieurs parachutages sont organisés. Alors que les combats cessent en Europe, un certain nombre de membres de l’opération Jedburgh  sont volontaires pour poursuivre la lutte en Asie et, à partir de juin, plusieurs équipes (dont celles de Jean Sassi et de Bob Maloubier) sont parachutées ou déposées au Siam et au Laos pour former les missions Kay 1, 2, 3. En septembre 1945, le Service Action s’installe à Saigon, sous la dénomination fictive de « Force du Laos » (1945-1946), et opère en Cochinchine, au Cambodge et au Sud-Annam. En décembre 1946, le massacre de plusieurs milliers de civils vietnamiens sert de prétexte à Võ Nguyên Giáp pour lancer à Hanoï le soulèvement qu’il planifiait. La guerre d’Indochine commence, le SDECE est au cœur de l’action.

A droite: A Calcutta, en juin 1945, Marcel Chaumien (en haut, à droite) pose avec quatre autres membres de la Force 136. Volontaire pour servir en Extrême-Orient, Chaumien est affecté à la SLFEO et dirigé sur l’ExtrêmeOrient le 21 juin 1945

A gauche: Jean Sassi entouré des autres Jedburghs officiers radio d’Extrême-Orient. Deux d’entre eux mourront au combat.

BOB  "ROBERT"  MALOUBIER

Photo 1945 

Formé en Angleterre par le SOE en 1943, Bob Maloubier est parachuté le 15 août 1943 près de Louviers et est blessé par balles en décembre 1943. Il est exfiltré par pick-up Hudson dans la nuit du 4 au 5 février 1944, à Soucelles, au nord d’Angers. Il est parachuté une deuxième fois sous le pseudo « Paco », instructeur réseau SOE F Salesman, dans la nuit du 6 au 7 juin 1944 en Haute-Vienne. Après avoir rejoint Calcutta, il est parachuté le 15 août 1945 à Kam Keut (Laos) lors de la mission Bételtegeuse en renfort du groupement de Wavrant « Vega ». Il participe activement à la création du SA en 1947 et y effectue de nombreuses missions. En mars 1952, il créé les nageurs de combat Terre au sein du CIOA d’Arzew (école mixte marineaction), brevet n° 1.

COLONEL JEAN DEUVE

Jean Deuve est le fils du capitaine de vaisseau François Deuve (1892-1959) et de Geneviève Le Monnier de Gouville (1894-1980). Il descend entre autres par sa mère du docteur en médecine et maire d'AsnellesThéodore Labbey (1804-1873), du député de la Manche Pierre Yver (1768-1826), du Général Dagobert (1736-1794), etc.

Marqué à vie par le scoutisme (chevalier de France, à Brest), Jean Deuve participe à la Seconde Guerre mondiale en tant qu'officier. Blessé près de Sedan lors de la campagne de France, il est d'abord affecté au Niger, puis il rejoint en Inde dès 1943 une unité spéciale placée sous commandement britannique, la Force 136 du Special Operations Executive, chargée par le haut commandement allié, sous les ordres de Lord Louis Mountbatten, des opérations clandestines dans les territoires du sud-est asiatique contrôlés par les Japonais, alors les maîtres absolus de toute l’Asie du Sud-Est, tant continentale qu’insulaire. Cette unité d’élite fit sauter, entre autres, le pont de la rivière Kwai, action immortalisée par Le Pont de la rivière Kwaï roman de Pierre Boulle et surtout par film de David Lean qui en fut tiré. Son parachutage, avec neuf autres membres de la Force 136, dans la nuit du 21 au 22 janvier 1945 dans la province Nord du Laos, à Paksane, est simultanément un saut dans vingt ans d'intrigues politiques laotiennes et de manœuvres diplomatiques régionales et internationales.

D'abord chef d'un groupement de guérilla anti-japonais, puis chef de service de renseignements, directeur de la police lao, conseiller politique du premier ministre du royaume jusqu'en 1964, puis plus tard membre de plusieurs unités de recherche associées au CNRS et à l'École pratique des hautes études, Jean Deuve est un témoin exceptionnel de l'histoire du Laos.

De 1965 à 1968, Jean Deuve est chef de poste du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) au Japon sous couverture d’attaché militaire. En 1969 il revient en France et est affecté à la Direction générale de ce service avec le grade de colonel. Il est alors responsable des pays de l'Est, de l'Asie et de l'Océanie. De 1974 à 1978, il est haut fonctionnaire, directeur de l'ensemble de la recherche du renseignement et de toutes les infrastructures du SDECE à l'étranger.

Après 1979 et jusqu'à son décès en 2008, il se consacre à la rédaction d'une quinzaine d'ouvrages et de nombreux articles dans des revues spécialisées sur l'histoire contemporaine du Laos et sur l'histoire médiévale du duché de Normandie. Spécialiste renommé des serpents d'Indochine, il est nommé Attaché au Muséum national d'histoire naturelle.

PIERRE BOULLE

Pierre Boulle est né à Avignon, le 20 février 1912. Son père, un avocat excentrique, écrit sur le théâtre dans un journal, avant d’épouser la fille du directeur de ce journal, Thérèse. Pierre a une grande complicité avec son père : tous deux adorent la littérature, les livres, la chasse et les jeux ; même la Première Guerre mondiale ne trouble pas son enfance. Boulle passe ainsi une enfance tranquille avec ses parents et deux sœurs, Suzanne et Madeleine. Vers la fin de la guerre, en 1918, il entre dans les petites classes au lycée d’Avignon.

Son père meurt d’une maladie du cœur en 1926 : le jeune Pierre, âgé de 14 ans, est malgré lui projeté dans le monde adulte. Son but désormais est de devenir ingénieur avec une formation (Supélec) pour aider sa mère. À 24 ans, Boulle se retrouve en Malaisie, dans une plantation d’hévéas à 50 kilomètres de Kuala Lumpur. Pendant trois ans, il travaille comme un forcené, loin de l’Europe. Cette expérience servira de trame à son roman Le Sacrilège malais.

La maison natale de Pierre Boulle à Avignon, en 2016. Une plaque commémorative rappelle la naissance de l'écrivain.

Au moment ou éclate la Seconde Guerre, Boulle se trouve toujours en Asie du Sud-Est mondiale fait rage. En 1941, alors que la France est occupée, il décide de rejoindre le mouvement gaulliste, dont un représentant, François Girot de Langlade, ancien planteur comme lui, se trouve alors dans la base militaire britannique de Singapour. Boulle devient officier de liaison (sous-lieutenant) du commandant Baron. Après un entraînement spécial et muni d’un faux passeport anglais, sous l’identité de Peter John Rule, il part en mission en Indochine contre les Japonais, alliés des Allemands, pour tenter de fomenter des révoltes3, en faisant sauter les ponts. Cependant, dès son arrivée, en 1942, il est capturé par des militaires français fidèles à Vichy. Considéré comme un traître, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité4. Deux ans plus tard, il parvient à s’évader de Saïgon, et rejoint la Force 136 du SOE (un service spécial britannique), à Calcutta. Il contera ces aventures dans un livre peu connu, Aux Sources de la Rivière Kwaï.

Après la guerre, lorsqu’il retrouve sa patrie libérée, le général de Gaulle lui remet plusieurs médailles pour ses exploits. Aussitôt, il se cherche : que faire après avoir vécu tant d’aventures ? Un jour, sur un coup de tête, il décide de vendre tout ce qu’il possède, puis s’installe dans un petit hôtel à Paris pour écrire. «  Cette décision de devenir écrivain », dira-t-il plus tard, « je l’ai prise en une heure, une nuit d’insomnie où les lucioles dansaient ».

L’aventurier est désormais un écrivain célèbre. Il habite chez sa sœur Madeleine devenue veuve, et s’occupe comme un père de sa petite nièce Françoise, à laquelle il racontait tous ses romans avant de les écrire. Resté un célibataire endurci, Boulle écrit tous les jours ; de 1950 à 1992, il publie un livre presque chaque année, dont deux romans qui sont publiés dans le monde entier et sont considérés comme des classiques : un roman d'aventures publié en 1952, Le Pont de la rivière Kwai – en partie inspiré des souvenirs de Boulle lorsque celui-ci a vécu dans en Asie du Sud-Est avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que de témoignages qu’il a pu recueillir –, et un autre de science-fiction en 1963, La Planète des singes, le plus célèbre de ses romans, traduit dans plusieurs langues, et qui a notamment fait l’objet de nombreuses adaptations cinématographiques, dont la première en 1968, réalisée par Franklin J. Schaffner, avec Charlton Heston dans le rôle principal, et une autre en 2001, réalisée par Tim Burton, ainsi qu’une préquelle en 2011, intitulée La Planète des singes : Les Origines, réalisée par Rupert Wyatt, et sa suite en 2014, La Planète des singes : L’Affrontement, réalisée par Matt Reeves.

Pierre Boulle a vécu ainsi jusqu’à la fin de ses jours, partageant son temps entre Paris et une maison de campagne à Autry-le-Châtel dans le Loiret, et écrivant des livres où il se plaisait par-dessus tout à construire la rencontre entre deux choses : « le simple et l’étrange ».

Pierre Boulle décède le 30 janvier 1994. Son urne funéraire est alors placée dans la case 40 598 du columbarium du cimetière du Père-Lachaise. En novembre 2002, ses cendres sont finalement déposées dans le caveau familial au cimetière Saint-Véran à Avignon

COLONEL JEAN LE MORILLON

Mobilisé dans la Marine nationale, il est en formation de spécialiste radio à Lorient en juin 1940. Il rejoint l’Angleterre et souscrit un engagement dans les Forces françaises libres.

Après une longue enquête et de nombreux interrogatoires, il est admis au Bureau Central de Renseignement et d’Action (BCRA), les services secrets de la France libre et suit une formation complémentaire d’opérateur radio, des cours de sabotage et un entraînement parachutiste. Il accomplit des missions en France occupée en 1943 et 1944.

Chargé de mission de deuxième classe à la Direction Générale des Études et Recherches (DGER), il rejoint le service Action à Calcutta, dont la base est sous contrôle britannique. Il y côtoie notamment le futur ministre des Armées Pierre Messmer1 - ils logent dans la même chambre - alors en formation parachutiste avant sa mission au Tonkin.

Membre de la Force 136, il est parachuté au Laos le 26 février 1945. Arrêté par la Gestapo japonaise, la Kempeitai, il est torturé et maintenu en détention pendant six mois en tout. Arrêté le 3 avril, il s'évade le 9 puis est repris le 112. Il sera sauvé en septembre 1945 ( dates incohérentes)[réf. nécessaire] par le colonel britannique David Smiley, de la Force 136 également, parachuté en Thaïlande le 29 mai 1945 J. Le Morillon et D. Smiley assurent les 15 et 16 septembre 1945 le passage en Thaïlande, pays neutre à ce moment-là, d'un groupe de Français prisonniers des Japonais3. Il aborde - pages 134 et suivantes de son récit - les incidents relatés par D. Smiley dans le chapitre 13 de ses mémoires consacré à la Thaïlande et au Laos.

Extrait de la nomination de Jean Le Morillon, en 1960, au grade de Chevalier de la Légion d'honneur : « Le 11 septembre 1945, en collaboration avec le colonel Smiley, de l'armée britannique et le lieutenant Klotz, a conçu et réalisé avec une audace exceptionnelle un plan d'évacuation des éléments civils français prisonniers des Japonais à Thakhek (Laos). Le 15 septembre, se faisant passer pour un médecin de la Croix rouge anglaise, s'est rendu en compagnie du colonel Smiley auprès du commandant japonais responsable de la garde des prisonniers. Après des négociations délicates, a obtenu de celui-ci l'autorisation d'évacuer les prisonniers en territoire neutre. Par une difficile manœuvre d'intimidation, est parvenu à faire assurer par les Japonais eux-mêmes la protection et l'escorte des prisonniers pendant leur transfert au Siam, le 16 septembre 1945…il a ainsi réussi à ramener sains et saufs la totalité des Français internés, parmi lesquels figuraient une quarantaine de femmes, une cinquantaine d'enfants en bas âge et une dizaine de religieuses… »

Après une période de convalescence, Jean Le Morillon reste en Indochine, toujours dans le renseignement, avant de rentrer en métropole.

Par la suite, Jean Le Morillon sert au SDECE, le Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage qui succède à la DGER, puis à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE). Il assure des missions en Afrique (Katanga notamment).

Son aventure indochinoise a fait l'objet d’un article dans la revue Historia en 1995 et d'un reportage diffusé sur la chaîne TV Breizh en août 2001. Retraité à Cannes, il est décédé dans cette ville le 3 mars 2009.

LA FORCE 136:

La Force 136 était une unité du Special Operations Executive (« Direction des opérations spéciales ») formée par les Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale, pour encadrer les maquis dans les territoires d’Asie occupés par les Japonais et y mener des actions subversives. Elle était constituée de militaires britanniques ou d’autres pays alliés.

Mais, du fait que des Britanniques (David Smiley, Peter Fleming, Peter Kemp, Sydney Hudson, Christopher Blathwayt, Benjamin Hervey-Bathurst, Rowland Winn, George Musgrave...), des Américains, des Français (Pierre Boulle, Jean Le Morillon, Jean Sassi, Bob Maloubier, Jean Deuve...), ne peuvent évidemment pas opérer clandestinement en Asie, ils sont secondés par des Asiatiques (Subha Chin Svasti et Kris Tosayanonda en Thaïlande, Lim Bo Seng en Malaisie par exemple), entraînés par le SOE et formant des groupes de résistance et de guérilla.

Ce n'est qu'une fois que ces groupes sont engagés dans la rébellion ouverte qu'ils peuvent recevoir une aide efficace de la part de personnels des forces armées alliées qui connaissent les langues et les gens et qui se révèlent précieux pour les liaisons avec les forces conventionnelles.

HISTOIRE:

Dès 1941, le SOE prépare des plans d’opérations dans les pays d'Asie du Sud-Est occupés par les Japonais. Comme en Europe, après les désastres militaires initiaux des Alliés, le SOE établit une branche particulière, qui reçoit le nom de couverture de Force 136 en 1943. Cette branche est dirigée par des officiers et des civils britanniques.

Les officiers britanniques David Smiley, Peter Kemp, Rowland Winn, Christopher Blathwayt, Sydney Hudson, John Davies, Richard Broome, Spencer Chapman et les colonels français Jean Le Morillon, Jean Sassi et Jean Deuve furent membres de la Force 136. Bob Maloubier, également de la Force 136, est parachuté au Laos1 en août 1945.

L'officier singapourien Lim Bo Seng (1909-1944), qui s'y engagea et recruta de nombreux agents, est considéré à Singapour comme un héros national.

LA FORCE 136 EN MALAISIE:

Dès la chute de Singapour, le Kuomintang replié à Chungking cherche à fédérer les énergies des Chinois d’outre-mer. C’est ainsi que plusieurs centaines de jeunes Chinois de Singapour, de Malaisie, d’Indonésie, de Hong Kong et d’ailleurs, rejoignent Chungkinq. Après une sélection sévère, quelques-uns sont ensuite transférés en Inde britannique pour y suivre un entraînement intensif (notamment dans les environs de Pune) en vue d’une infiltration en Malaisie.

De mai 1943 à janvier 1945, 10 opérations de débarquement par sous-marin (y compris un sous-marin néerlandais rescapé des Indes orientales néerlandaises) infiltreront en Malaisie une cinquantaine d’agents de liaison et de renseignement chinois sous le commandement d’officiers britanniques. Les deux premières opérations prirent le nom de code Gustavus 1 et Gustavus 2, commandées par les capitaines Richard Broome et John Davies.

L’objectif de la mission était de faire la liaison avec les maquis de la Malayan People Anti-Japanese Army (MPAJA), bras armé du MCP, parti communiste de Malaya, aux fins d’entraînement, de ravitaillement en armes et munitions et de financement. Un accord formel (Joint Action Agreement) fut signé an camp de Bukit Bidor fin décembre 1943 entre les capitaines Davies et Broome et Chin Peng pour la MPAJA. Dans le même temps, il s’agissait d’établir un réseau de renseignement et d’espionnage dans les villes.

Les Britanniques infiltrèrent un nombre équivalent d’officiers et de soldats, essentiellement basés dans des camps dans la jungle, alors que les agents chinois étaient basés dans les villes sous des couvertures diverses. Les agents chinois avaient le titre de Special Chinese Liaison Agents (Agents spéciaux de liaison chinois).

Parmi les officiers britanniques débarqués, on peut citer également le major Spencer Chapman (Freddie), un officier du SOE, resté "derrière les lignes" après la chute de Singapour, et le capitaine Fenner. Les officiers britanniques restaient en pratique confinés dans les camps de jungle et n'avaient qu'une vision partielle de la réalité. Ce n'est qu'au début 1945 qu'une liaison radio put être établie avec le centre opérationnel de Kandy (Ceylan). Les opérations étaient supervisées en Inde par le colonel Basil Goodfellow.

Tan Chong Tee et Lim Bo Seng (à droite) durant l'entraînement de la Force 136 en Inde.

Le leader chinois (de Singapour) Lim Bo Seng débarqua en octobre 1943 et rejoignit le camp de Bukit Bidor, environ 50 km au sud d'Ipoh.

Des dissensions internes aux équipes du Kuomintang et entre Chinois du Kuomintang et du MCP entravèrent sérieusement le déroulement de la mission.

Les liaisons avec les sous-marins alliés au large de Pangkor échouèrent souvent.

Les relations entre les officiers britanniques et les agents chinois furent empreintes d’une méfiance réciproque3.

Des trahisons intervinrent. Des fuites en provenance de guérillas de la MPAJA, capturés et torturés par les Japonais, mirent ces derniers sur la piste des agents chinois. Deux d'entre eux, capturés le 21 mars 1944, finirent par parler.

La Kenpeitai et le service de contre-espionnage japonais du colonel Satoru Onishi parvinrent le 26 mars 1944 à démanteler le réseau d’espionnage et à capturer nombre d’agents, dont Lim Bo Seng qui périt sous la torture à Batu Gajah (10 km au sud d'Ipoh) le 29 juin 1944.

De février à août 1945, les Britanniques parachutèrent 30 commandos composés d’un nombre équivalent d’agents chinois et de militaires britanniques. Ces commandos, en liaison avec la MPAJA, contribuèrent grandement à la défaite des troupes japonaises.

La Force 136 en Malaisie se vit décerner par les Britanniques la "Malayan Command Service and Burmese Medal". Les officiers de liaison chinois de cette force furent démobilisés en janvier 1946.

LA FORCE 136 EN INDOCHINE:

En 1944, est mis en place à Calcutta un service de renseignement français, la Section de Liaison Française en Extrême Orient, qui dispose d’un service Action baptisé French Indo-China Section (lit. "section Indochine française"), dirigée par François de Langlade, qui dépend pour emploi de la Force 136. L’état-major de la FIS, la Mission Militaire Française d'Extrême-Orient, commandée par le général Blaizot, se trouve à Kandy, à Ceylan, tout comme le bureau central de la Force 136, et la centrale d’exécution à Calcutta, en Inde. À partir de novembre 1944, la FIS commence à parachuter un nombre limité d'équipes de commandos, notamment au Laos.

La plupart des officiers français de la Force 136 sont des anciens du BCRA (Bureau central de renseignement et d'action), les services secrets de la France libre, souvent des Jedburghs tels que Jean Sassi, Jean Larrieu. D'autres, tels Bob Maloubier, le futur fondateur du corps des nageurs de combat français, viennent d’autres sections du SOE.

Jean Deuve est parachuté sur le nord Laos le 29 janvier 1945.

Jean Le Morillon sera parachuté sur le Laos le 28 février 1945.

David Smiley, officier britannique, fut parachuté en mai 1945 sur la Thaïlande et participa avec des équipes françaises à l'évacuation de prisonniers civils français.

Jean Sassi saute sur le Laos le 4 juin 1945.

Bob Maloubier fut parachuté sur le Laos en août 1945 et fut blessé au cours d'engagements avec les Japonais.

Jean Larrieu, rejoint Bombay le 23 avril 1945, et saute à Luang-Prabang au Laos le 18 septembre 1945.

Il est intéressant de noter que les missions postérieures au coup de force des Japonais du 9 mars 1945 ont un double objectif : lutter bien sûr contre les forces japonaises, mais aussi, et déjà, contre les maquis du Viêt Minh, alimentés par les Japonais en armes saisies aux Français et également soutenus par l'OSS américain.

La Force 136, dépendant du South East Asia Command britannique couvrant l'Inde et l'Asie du Sud-Est et l'OSS, dépendant du commandement nominal de Tchang Kai-Chek, mais effectif américain, sur le théâtre Chine-Pacifique, semblent poursuivre des objectifs pour le moins contradictoires. Les États-Unis ne voulant plus soutenir les "forces coloniales" (britanniques et françaises) cessent bientôt tout soutien logistique à la Force 136. Les dernières équipes parachutées le seront avec du matériel fait "de bric et de broc", tel le pistolet à crosse nacrée donné au lieutenant Jean Sassi pour sa mission au Laos ; "C'était un petit révolver pour femme !", s'exclama-t-il.

En haut: A Kam Keut, de droite à gauche, Léopold Flaba et l’équipe de Wavran: Demeure, Maurin et Bob Maloubier (barbu, au centre).

PHOTO DE :

BOB MALOUBIER ET HMONGS

HOMMAGE AUX COMBATTANTS D'INDOCHINE FORCE 136

BOUN POUR TOUBY LYFOUNG & COLONEL JEAN SASSI

PHOTOS DE REBELLES HMONGS LAOS

Paul Aussaresses, né le 7 novembre 1918 à Saint-Paul-Cap-de-Joux, dans le Tarn et mort le 3 décembre 2013, au matin à La Vancelle dans le Bas-Rhin, est un général de l'armée française. Parachutiste. Durant la Seconde Guerre mondiale, il participe au Jedburgh en vue de coordonner les opérations de résistance dans les territoires occupés par l'armée allemande. Il participe à la création du 11e Choc, le bras armé du SDECE (l'ancêtre de la DGSE), avant de prendre part à la guerre d'Indochine puis à la guerre d'Algérie. Après la guerre, il enseigne les techniques de contre-insurrection à Fort Bragg, aux États-Unis, avant d'être promu colonel et d'être nommé à la section française de l'état-major international de l'OTAN. Il est ensuite nommé attaché militaire au Brésil en 1973 durant la dictature militaire au Brésil, où il enseigne au centre d'instruction de la guerre dans la jungle de Manaus. Aussaresses a travaillé par la suite comme vendeur d'armes pour l'entreprise Thomson. Après ses révélations sur la torture en Algérie dans Le Monde et dans son livre Services spéciaux, Algérie 1955-1957, il est déchu de sa légion d'honneur, victime de menaces et de 3 attentats, il publiera néanmoins en 2008 un second livre de révélations Je n'ai pas tout dit. Dans la dernière partie de sa vie, il portait un bandeau sur l'œil gauche, qu'il avait perdu à la suite d'une opération de la cataracte